LA PENSÉE LIBRE AU PRÉSENT Hommage à Abdelwahab Meddeb

 

Colloque international organisé par l’Unité de Recherche Approches Transversales en Langue et Littérature (ATLL) en partenariat avec l’Académie des Sciences des Lettres et des Arts Beit el Hikma Les 21 et 22 Novembre 2019 LA PENSÉE LIBRE AU PRÉSENT Hommage à Abdelwahab Meddeb Nous voulons d’abord rendre un vibrant hommage à une figure emblématique de la pensée libre, celle de feu Abdelwahab Meddeb. Écrivain et enseignant-chercheur, il appelait à la nécessité de vivre la rupture qui n’implique pas la liquidation de la tradition.

Pour lui, c’est en effet tout un art que de perpétuer un dialogue intime avec ce qui reste de cette tradition après s’en être affranchi. Il va passer au crible tout ce qui lui vient du passé et il va se défaire de ce qui ne peut correspondre à ce qu’il aime de son époque. Abdelwahab Meddeb se réclame, par rapport à toute tradition, de « la fidélité infidèle » de Derrida. Spécialisé en littérature comparée Europe / Islam, en littérature arabe francophone et en histoire du Soufisme, il enseigne de 1987 à 1995 à titre de professeur invité et Maître de Conférence, aux universités de Genève (Suisse), Florence (Italie), Yale (EtatsUnis) et Paris V Descartes (France). En 1991, il soutient à l'Université d'Aix-Marseille, une thèse de Doctorat intitulée « Écriture et double généalogie ». En 1995, il fonde sa revue Dédale. En 1997, il crée également l'émission radiophonique Cultures d'Islam sur France Culture et collabore à plusieurs revues comme Esprit, Communication. Abdelwahab Meddeb est l'auteur d'une vingtaine de livres dont notamment Talismano1 , Phantasia 2 , Tombeau d'Ibn Arabi 3 , Les dits de Bistami 4 , Aya dans 1 Éditions Christian Bourgois, 1979. 2 Éditions Sindbad, 1986. 3 Éditions Noël Blandin, 1987. les villes5 , La Maladie de l'Islam6 , Matière des oiseaux7 , Sortir de la malédiction: L'Islam entre civilisation et barbarie8 et Pari de civilisation9 . Il a également collaboré à deux films: La Calligraphie arabe de Mohamed Charbagi (1986) et Miroirs de Tunis de Raul Ruiz (1993). Nous voudrions, par cette contribution, exprimer notre reconnaissance et notre considération pour tout le travail accompli par l’un des nôtres, afin de perpétuer et d’ancrer dans la mémoire collective, cette si précieuse « pensée libre ». La rencontre que nous envisageons, se place sous l’égide de « la pensée libre ». Une notion multidisciplinaire, transversale et qui semble en mesure d’adjoindre toutes les expressions littéraires, artistiques et scientifiques. Elle sera féconde en inspirations et en approches qui pourraient offrir une meilleure visibilité et une meilleure intelligibilité de ce qui semble avoir été ressenti paradoxalement comme indéfiniment complexe et pourtant intimement inhérent à chacun de nous : la liberté. Nous voulons, par cette rencontre, mettre en présence les différents sens de la pensée libre. Nous voulons également parcourir les problématiques et les canevas à travers lesquels se joue, au présent, ce débat de la liberté et du sens, de l’arbitraire et du dogme, des forces du mouvement et celles de l’inertie, de l’inné et de l’acquis. Il faudrait ne pas perdre de vue le fait que la liberté s’atteste à travers des actions et surtout des œuvres qui lui rendent témoignage . Par ailleurs, la pensée libre se construit avec les autres, qui peuvent aider ou empêcher. Pour Kant en effet, nous pensons d'autant plus librement que nous avons accès à la pensée des autres et que nous pouvons publiquement leur faire part de nos propres pensées. Où il n'y a pas de liberté d'expression, il n'y a pas de liberté de penser. Des blocs de pensées figées tendent à façonner l’histoire des mentalités, à en désigner nostalgiquement les points sublimes. La pensée n’est pas à l’abri d’une scénographie et d’une mythologie qui génère des effets d’orthodoxie. Quant à la pensée critique, elle peut devenir complice d’un certain conformisme si elle se transforme en une sorte de mécanique. À force d’être répétée, la formule, inventive à l’origine, ne fait plus qu’affermir sa force d’assertion qui 4 Éditions Fayard, 1989 5 Éditions Fata Morgana, 1999. 6 Éditions du Seuil, 2002, Prix François-Mauriac. 7 2002, Prix de poésie Max Jacob. 8 Éditions du Seuil, 2008. 9 Éditions du Seuil, 2009. prend le pas sur sa force épistémologique. Elle se transmue en croyance. La pensée libre est une pensée vigilante, irrévérente, hétérodoxe, mouvante, iconoclaste, incertaine et même toujours inquiète, inséparable de l’émotion, du désir et d’une certaine exigence langagière. Une pensée est libre quand elle s’inscrit dans une sorte de laïcité qui la mettrait à l’abri de l’idolâtrie, l’autorisant à désigner l’imposture, à relancer la pensée critique à partir d’un lieu de dissidence et d’indocilité. Une pensée est libre quand elle ne cède pas à l’hypnose collective, à la moutonnerie ambiante.